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20/02/2008

Popularité de Nicolas Sarkozy : l'auto-désaveu du peuple ?

Au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, plus de 18% des électeurs français ont exprimé en votant au centre leur volonté de dépassement des clivages gauche-droite et une inquiétude sur l'influence du pouvoir et des médias, entre autres. Il s'avère aujourd'hui que c'était alors parfaitement fondé.

J'ai déjà écrit dans un billet précédent que l'on pouvait, et le plus décemment du monde de surcroît, parler de ménage à trois.

Ceux qui s'en horripilaient pendant la campagne présidentielle s'en réjouissent aujourd'hui, tout impatients qu'ils sont de voir l'éventualité de l'explosion en vol du président de la République en direct se concrétiser. Quant à ses partisans de la première heure, peu filtre, mais certains n'hésitent pas à douter de plus en plus fort des qualités de leur chef de file, y compris en pleine campagne municipale.


La chute de popularité de Nicolas Sarkozy a été brutale. C'est le moins que l'on puisse écrire.

Mais par quel ou plutôt par quels phénomènes, au pluriel ?

Qu'une majorité de Français le trouvent sympathique mais pas "bon président" n'interpelle-t-il pas ? L'explication Chirac en Rayban suffit-elle ?

Peut-on comparer les courbes de popularité des deux derniers mandats présidentiels ? En aucun cas pourtant.

Jacques Chirac a été élu en 2002 par défaut, les Français de gauche comme de droite s'étant regroupés derrière un rejet massif de son adversaire. Dès sa toute première décision il a choisi l'impopularité en formant et nommant un gouvernement de droite. Il a poursuivi tout son mandat sur cette ligne. Probablement pour compenser la désastreuse dissolution de 1997 qui amena la gauche au pouvoir. Il a ainsi préparé l'avènement de son successeur.

Nicolas Sarkozy n'a pas été élu par défaut, lui. Il l'a été pleinement, plutôt bien et avec un taux d'abstention record par sa faiblesse. De par sa position au sein du gouvernement, il a certes pu mener une campagne permanente de longue durée.

La Presse a-t-elle joué alors et joue-t-elle encore un rôle d'information débordant jusqu'à l'influence de l'opinion ? C'est un débat qui se poursuivra longtemps encore.

 

Mais l'aspect le plus interrogatif de ces enquêtes de popularité actuelles concerne l'angle psychologique. Attend-on d'un président qu'il soit sympathique ? Qu'est-ce que la sympathie à un tel niveau de responsabilité ? Fallait-il l'être avec le Guide libyen, par exemple ?

Beaucoup de questions se posent aujourd'hui, avec le recul de neuf mois de mandat de Nicolas Sarkozy.

Un électorat peut-il se tromper à ce point ? Nous savons grâce à la manoeuvre politique légale mais félone de l'adoption du Traité de Lisbonne par les parlementaires, que nos politiques nationaux le croient. Rappelons-nous à l'occasion que la Presse s'était distinguée lors de la campagne référendaire de 2005 par son implication et qu'elle a su faire preuve depuis d'une retenue pouvant être qualifiée de discrétion, et encore c'est un euphémisme.

Aujourd'hui nous assistons à un retournement.

Les mots sont durs. Sévères.

Il ne s'agit pas seulement de propos politiques de campagne. Les taxis n'étaient pas en campagne, les personnels du service public audiovisuel non plus et leurs actions n'étaient pas politisées. L'impréparation des décisions du président, l'inconscience de leurs conséquences apparaissent aujourd'hui complémentaires de son dynanisme qui séduit encore. Mais il s'agit du même dynamisme qui est mal perçu lorsqu'il s'agit de sa vie privée. Marianne révèle, sous la plume d'Éric Decouty dans son dernier numéro qu'en mai 2006, le candidat Sarkozy était accompagné de sa compagne de l'époque, une journaliste, lors d'un meeting à Nîmes. avant de monter sur l'estrade il lui dit : "Est-ce que tu veux m'épouser ? Si tu dis oui, je l'annonce ce soir, là, devant tout le monde...". Une forme de dynamisme qui serait interprétée aujourd'hui plutôt comme une instabilité ? Ou un amalgame entre vie privée et politique comme le fait l'auteur ? N'est-il pas toutefois révélateur d'apprendre par la même occasion que des journalistes le savaient et en parlent bien après les faits ?

 

S'il est indiscutable que le personnage de Nicolas Sarkozy critallise les opinions, dans la population comme dans la presse et le milieu politique, pourquoi exprimer des doutes aussi nombreux maintenant ? Se multiplieraient-ils ? Est-ce la Presse, en se référant aux enquêtes d'opinion (cela constituerait en ce cas le même travers qui est reproché aux politiques), qui surfe sur la vague ou la crée-t-elle par sa façon de traiter le sujet ? Là non plus, la réponse ne peut pas être tranchée mais cela suscite une nouvelle fois des questions.

Qu'attendent les éditorialistes qui, à l'instar du peuple, semblent reconnaitre s'être trompés, pour l'exprimer clairement ?

Et si Nicolas Sarkozy n'a pas gagné uniquement par la force d'un appareil politique institué en machine de guerre électorale, ne doit-on pas admettre que sa victoire aussi nette est aussi le fruit de la faiblesse des autres candidats ? Cette faiblesse aurait-elle été amplifiée ?

Pour connaitre l'état de l'opinion actuelle, il faudrait lui demander combien d'électeurs regrettent leur vote à Nicolas Sarkozy et combien de ceux qui ne l'ont pas fait en 2007 le feraient aujourd'hui. Ne disposant pas de cette réponse (serait-ce seulement envisageable ?), nous ne pouvons que nous contenter d'observer l'application de la règle des trois L (Léchage, Lâchage, Lynchage) à un point où Rama Yade qualifie les journalistes de "charognards". Les relations du président et de son entourage avec la Presse relèveraient-elles d'une relation Amour-Haine ?

 

Le résultat est en tout cas pathétique tant l'image renvoyée est celle d'une trop grande proximité, réelle ou supposée, mais à coup sûr malsaine et porteuse de dérives dangereuses pour la cohésion nationale.

Les Français ont-ils rompu avec Nicolas Sarkozy, est-ce l'inverse, nous le fait-on croire ?

Est-il fondé, donc nécessaire, d'alimenter l'inquiétude des français quant à ses compétences en se basant sur des aspects psychologiques qu'il conviendrait alors d'éclairer plus largement ? Le dynamisme est une qualité mais l'instabilité une inquiétude. Est-ce donc vraiment le cas ?

Certains journalistes éditorialistes comme Jean-François Kahn, Edwy Plenel ou Daniel Schneiderman semblent être entrés dans une course à l'anti-sarkozysme vendeuse et médiatique jusqu'à, pour le premier d'entre eux, réaffirmer que "Nicolas Sarkozy est quelque part fou" et que tout le monde le sait. Doit-on prendre au sérieux ce genre de propos avec toutes les conséquences que cela suppose ?

À trop succomber à l'expression des opinions personnelles des uns et des autres, la Presse ne prend-elle pas le risque de rater l'information ? Et nous, lecteurs citoyens, en ne nous intéressant qu'au buzz croustillant ne nous détournons-nous pas de notre devoir de vigilance ? Et dans ce cas, ne devrions-nous pas nous intéresser de plus près à notre schizophrénie collective qui nous conduirait à désavouer aujourd'hui celui que nous avons massivement élu il y a moins d'un an ?

Si ce qui est rapporté par les journalistes aujourd'hui est exact et était su, pourquoi ne pas l'avoir écrit, décrypté et analysé avant ? S'il s'agit d'un simple retournement, quelles en sont les raisons réelles ?

 

Ce à quoi nous assistons est malsain. Et ce n'est pas la médiatisation de la descente de police à Villiers le Bel récemment qui persuadera du contraire. À ce sujet, où en est l'enquête concernant l'accident qui a couté la vie de deux adolescents, ce qui a tout déclenché ?

Lorsque la presse, les politiques et le peuple sont dans un bateau, c'est souvent ce dernier qui est jeté à l'eau.

Pendant que certains lancent un appel à la vigilance républicaine, que d'autres constestent son bien-fondé, les Français ont la tête qui tourne.

Nicolas Sarkozy en rajoute en voulant imposer la mémoire d'un enfant juif victime de la Shoah aux enfants de CM2. Serge Faubert de Bakchich.info lit dans le discours du président au dîner du CRIJF une intention supplémentaire : la volonté de ramener l'enseignement religieux à l'école. L'Histoire des religions l'est déjà, quelle religion en particulier serait enseignée et à qui ? En tout cas, c'est bel et bien un "Président à Grande Vitesse" qui nous dirige... À tellement grande vitesse qu'il lui devient presque nécessaire de prononcer des discours pour expliquer les précédents.

Ces annonces, ces décisions, nul ne sait si elles sont réfléchies. Personne ne nous expose la vision de la France que veut Nicolas Sarkozy derrière son concept brumeux dénommé "Politique de Civilisation". Tout cela était-il dans son programme ? Dans ses livres ? Dans ce dernier cas, ne serait-il pas indispensable de les mettre gratuitement à la disposition du peuple qui l'a élu pour l'en informer ?

Comment sont décidées ces mesures ?

Plutôt que crier à l'instabilité du président, les journalistes ne feraient-ils pas mieux de nous éclairer sur les rouages de l'exercice présidentiel et sur l'armada de conseillers et de commissions tout aussi occultes que médiatiques qui en intègrent le paysage ? Sur la France que veut Nicolas Sarkozy sans se contenter de déclarations embarrassées ou des discours officiels ?

Que de questions ! Le mandat qui débute a bouleversé toutes les habitudes, rompu tous les codes et a fait perdre les repères à tous les observateurs chevronnés. Il leur faut se reprendre très vite. 

En France, la Presse et la Politique sont dans le même bateau dont le Souverain est le Peuple.

Respectons-le.

Car le plus important dans ces sondages, c'est que les Français n'y comprennent plus rien. 

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