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04/12/2007

La femme du troisième jour.

C'était un samedi matin, je crois. Patrice dormait.

J'ai aimé voir son visage serein, apaisé, libéré de ses démons entravés par les bras puissants de Morphée. Le silence, enfin.

Un silence total, blanc, même pas troublé par le "tic tic" de la pendule. Comme si le temps s'était brutalement suspendu. Comme si les secondes avaient soudainement cessé de s'égrener, flottant dans l'air comme des pointes acérées.

Mes yeux ne se fermaient pas et pour autant mon corps ne bougeait plus, ne répondait plus, ne souffrait plus. Enfin.

Cette nuit là, une fois de plus les cris, ses poings, ma tête et votre indifférence…

Je vous ai appelés, j'ai hurlé, j'ai su que vous aviez entendu… Je l'ai su très précisément quand vous avez augmenté le son de votre téléviseur, comme d'habitude. Une autre douleur s'est faite jour en moi à ce moment. Un sanglot intérieur à l'unisson de mes pleurs. Puis plus rien.

 
Seule la mort est venue me tendre la main, je l'ai prise. Je l'ai suivie sur la pointe des pieds, me suis enfuie avec elle. Ne pas réveiller Patrice, ne plus vous déranger.

Discrète comme toujours, pour toujours.

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Tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son conjoint.

 

Collectif DEL

sur un billet de Mathilde P.

 

Pour aller plus loin :

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Sur la TSR 

02/12/2007

Shooting or not shooting ?

C'est la question qui a enflammé Villiers le Bel. Celle qui taraude les esprits, celle qui divise, qui radicalise, qui oppose, qui antagonise...

Mais est-ce la bonne ?

Traiter les agissements émeutiers de "voyoucratie" suffit-il à l'analyse ? Asséner "Ceux qui prennent la responsabilité de tirer sur des fonctionnaires de Police sont des criminels" suffit-il à s'exonérer de la compréhension du phénomène ?

Jean-Marie Le Pen rhétorise par constats, Nicolas Sarkozy par évidences.

Constat : les immigrés de ces quartier ont la haine de la Police.

Évidences : ceux qui tirent sur les flics sont des criminels.

Et la question lancinante qui revient, comme un leitmotiv diviseur...

Shooting or not shooting ?

C'est d'une affligeante évidence : les gens qui tirent sur quelqu'un sans être investis d'une autorité qui leur permette de le faire dans les conditions prévues par la Loi sont TOUS des criminels.

D'un affligeant constat : l'État doit porter sa responsabilité dans la discrimination qui pèse sur les habitants de ces "banlieues".

Pourquoi tant de haine, de défiance ?

Shooting or not shooting ?

Fadela Amara veut nettoyer les cages d'escalier, Harlem Désir l'avait déjà dit il y a vingt ans. Entre temps la situation sociale dans ces endroits a empiré. Rien n'a été fait.

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Shooting or not shooting ?

Nicolas Sarkozy veut faire passer les responsables de ces tirs criminels devant la Cour d'Assises.

Shooting or not shooting ?

C'est une question de justice, pas de politique.

Shooting or not shooting ?



L'oubli.

Ces quartiers n'intéressent personne. On en parle uniquement parce que de tels évènements s'y produisent. Depuis 2005, comment ont été traités médiatiquement les promesses faites alors par le gouvernement de Nicolas Sarkozy d'y créer des emplois ? Qui a suivi le dossier ? TF1 en traitant le sujet uniquement sous l'aspect de la délinquance, du trafic ? Ce problème, la plaie ouverte de notre pays, coute bien plus cher à la collectivité que les régimes spéciaux, mais qui approfondira le sujet ? Qui se penchera sur les conditions de vie misérables des habitants, de leurs enfants et de leurs petits enfants ?

Comment ne pas admettre que n'y placer que des enseignants novices et inexpérimentés constitue une ségrégation de fait tant pour les citoyens que pour ces fonctionnaires ?

Comment ne pas admettre que n'y envoyer que des flics novices, inexpérimentés et apeurés constitue une discrimination de fait tant pour les citoyens que pour ces fonctionnaires ?

Qui analysera en profondeur que la résultante logique de cet effet est que la population se dit qu'elle ne mérite de la République que les éléments les moins performants de nos institutions ?

Personne.

Non.

Là n'est pas la question.

Shooting or not shooting ?


Justice or not justice ?

Shooting or not shooting ?

Seulement dans ces quartiers.

Et ces quartiers : France or not France ?

Cette question est déjà rentrée dans l'oubli.

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José 

01/12/2007

Délits d'opinions.

On assiste à une recrudescence d'agressions sur les journalistes lors de leurs reportages dans les cités.
Quatre journalistes ont été blessés sur le terrain, dernièrement.

Un climat d'incompréhension se creuse hélas depuis un certain temps avec les classes populaires.

Pourquoi ?  À qui la faute ?

"Est ce parce que nous représentons nous aussi l'État désormais, comme les postiers et les pompiers, dans le grand chaos de l'amertume banlieusarde ? Ou juste la société du milieu, les veinards, les mecs bien nés, les héritiers... " s'interroge Paul Moreira sur son blog.

Comme souvent, l'homme de terrain, malgré une présence parfois trop ostentatoire, paie pour ses supérieurs hiérarchiques. Que penser du traitement de l'information de certains évènements dans les journaux télévisés, à la radio et dans la Presse écrite ?

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La plupart des rédactions est tenue par des gens qui semblent plus devoir leur situation à leurs entregents, leurs opinions politiques, leurs accointances avec les pouvoirs économique,  politique et autres réseaux qu'à leurs compétences réelles. Les dernières mutations  de TF1 ( Laurent Solly, gestionnaire clé),  du Figaro (Étienne Mougeotte, rédac chef) et du groupe Les Échos (Nicolas Beytout, patron pôle presse du groupe LVMH), entre autres, en sont la preuve flagrante.
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Quant aux journalistes, vedettes médiatiques, davantage perçus comme des super animateurs "hollywoodesques", dont la proximité avec l'élite économique, politique et médiatique est montée comme une preuve de professionnalisme indiscutable, leur présence est souvent plus importante que les informations qu'ils véhiculent !

Il est urgent que les journalistes de terrain, les obscurs et les sans grade des salles de rédactions (qui ont par ailleurs une forte tendance à envoyer en banlieue des blacks ou des beurs (quand ils en ont sous la main...)) se fassent entendre avant que le Journalisme français ne soit totalement discrédité. Avant que les envoyés spéciaux ne soient obligés de travailler « embedded » comme en Irak , au sein des forces de l'ordre et que la réalité du terrain  leur soit complètement interdite.

Avant que cela ne devienne une catastrophe pour l'information et un cadeau inespéré pour nos élites dirigeantes actuelles.

Il est temps pour les journalistes compétents et consciencieux de se démarquer d'une manière ou d'une autre d'un pouvoir médiatique couché et obéissant auquel ils sont malheureusement assimilés…
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Collectif DEL
sur un billet de cui cui

30/11/2007

Les deniers du culte.

Cet été, « notre » assemblée nationale a voté un nouveau bouclier fiscal.

Dans un contexte franco-français, cela peut être analysé comme un retour aux temps d'avant la Révolution où seul le Tiers Etat était assujetti à l'impôt. Le clergé et la noblesse, ordres privilégiés, n'en payaient pas et avaient le droit d'en lever.

Nous n'avons pas encore atteint un tel retour en arrière... Néanmoins, notre noblesse économique, médiatique, sportive et surtout financière se voit déchargée d'une part de ses impôts, geste qui ne semble pas ramener les émigrés fiscaux des bords du Lac Leman vers nos rivieras françaises devenues plus accueillantes. Il en faudrait bien plus !

Le classement de ses fortunes exilées en Suisse vous est offert par le Figaro ici.

Mais plus discrétement, le Parlement a aussi voté la suppression de l'impôt résiduel sur les transactions boursières.

Dans un contexte mondialisé, il faut y voir la suprématie d'un culte fort onéreux :

Le Divin Marché.
 
 

Les libéraux qui rechignaient à payer leur cote-part de solidarité aux Etats, acceptent ainsi sans regimber que les citoyens du Monde s'acquittent d'une dîme à cette nouvelle Eglise, à ses temples boursiers et à son clergé-actionnaire. Ainsi, un pourcentage du prix d'un baril de pétrole est dû la spéculation boursière sur ce produit. Et d'autres matières premières (certaines alimentaires) nourrissent la convoitise des spéculateurs.

Le Divin Marché s'octroie ainsi le droit de lever son impôt sur nos sociétés, sans en acquitter aucun.

Lorsque vous allumez votre cierge voiture où lorque vous rompez votre pain, vous faites, de fait, un petit don à cette nouvelle théologie.

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Collectif DEL
Sur un billet de Nef

29/11/2007

Plus de blé ? Pas grave, prends un chouingue.

La grande distribution communique drôlement moins sur ses thèmes de prédilection qui sont la hausse du pouvoir d’achat et la guerre des prix.

Il faut dire que la tendance est à la hausse dans les rayons des produits de première nécessité comme le pain, le lait, le beurre, la volaille, les biscuits…

Certains grands groupes ont déjà planifié les hausses : +10 % pour Bonduelle et Danone, +15 à 17 % pour Lactalis…

« C’est du à la flambée du prix des matières premières » serinent-ils en chœur.

Il est vrai que la tonne de blé meunier était aux environs de 110 euros en 2006 et qu’aujourd’hui il faut sortir entre 275 et 300 euros pour le même produit.

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La mauvaise récolte de 2006, la récolte catastrophique de 2007 sont en partie à l’origine de cette flambée.

Mais pas seulement.

Il y a aussi la demande croissante de la Chine, de l’Inde et de la Russie.

Il y a également le développement des biocarburants.

Tout cela inquiète la profession agricole car en France nous n’avons pas les surfaces disponibles pour répondre aux deux enjeux, alimentaire et énergétique.

Mais ça, nous le savons.

Et ce qui semble incompréhensible ce sont les engagements de la France : 5.75% de biocarburants dans les carburants routiers en 2008, 7% en 2010 et 10% en 2015.

Au-delà des préconisations de l’Union Européenne !

Les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas en reste. Cette année ils produisent 60 millions de tonnes de maïs pour faire de l’éthanol et prévoient d’en faire 110 millions en 2012.

Quand on sait que des fonds de pension américains et des boursicoteurs ont spéculé sur le marché du blé, ça laisse songeur...

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Quand on sait que des emplois vont être supprimés par milliers pour satisfaire la rentabilité exigée par ces fonds de pension, ça laisse rageur.

Quand on sait que des boursicoteurs décomplexés auraient pu faire dans le délit d’initiés, ça laisse (comment dire …) « cogneur » ?

Mais ça reste surtout une question de blé après tout.

Une demande croissante au niveau alimentaire, quelques mauvaises récoltes successives, une spéculation boursière pour se faire toujours plus de fric ben ça laisse de plus en plus de pauvres (26% des français ont prévu de réduire leur budget de noël).

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Mais ça laisse aussi des riches de plus en plus riches…

Mais bon, p-o-s-i-t-i-v-o-n-s, la flambée des prix en France n’a pas encore atteint celle de la Roumanie :

« Depuis la chute du régime communiste, en décembre 1989, les prix en Roumanie ont été multipliés par 2 400 ; la Banque nationale de Roumanie (BNR) a émis des coupures qui pouvaient atteindre 1 million de lei (environ 27 euros) ».

Alors quand on a plus de blé, ben on a des chouingues.

Courrier international, ROUMANIE • La vogue de la monnaie de singe 

 

Gaëlle

Merci à valdo pour son billet sur les roms, il m'a aidé à trouver le titre et la chute du mien ;-) 

28/11/2007

La minorité la plus importante d'Europe...

Cela date déjà d'un mois. C'était en Italie

Suite à un fait divers sordide (viol et assassinat d'une femme impliquant un jeune Rom), l'Italie s'est livrée à une véritable chasse anti-roumains. Révisant, au passage, les accords de libre circulation des personnes avec la Roumanie, membre de l'Union européenne. Le tout sur fond de surenchère où la démagogie de Walter Weltroni (a gauche ?!) le cédait à peine aux glapissements haineux de la droite la plus xénophobe. Face au silence complaisant des gouvernements européens.

Ce silence, ne nous voilons pas la face, ce n'est que le cache-sexe du racisme anti-roms. De cette haine mêlée de crainte, d'une pointe d'envie et de fascination pour ces nomades issus de l'Inde du sud qu'on appelle Tziganes à l'est, Manouches au Nord, Gitans au sud ou Tinkers en Irlande...
 
À l'Est, on a voulu les sédentariser de force, tout en les soumettant, aujourd'hui encore à des discriminations infâmantes. En France, une majorité de communes refuse obstinément d'appliquer la loi Besson en mettant des espaces à leur disposition. Sans parler de celles qui, comme Bordeaux, les laissent croupir sur des terrains dangereusement pollués aux métaux lourds...

Qui sait qu'ils ont été les premiers à se voir imposer des papiers d'identité au début du siècle dernier, par mesure de contrôle, et qu'aujourd'hui encore, ils sont soumis à un traitement différencié avec l'obligation quand ils sont nomades, de détenir un carnet d'identité à faire viser régulièrement par la police ou gendarmerie ? Qui se souvient qu'ils ont péri massivement dans les camps d'extermination nazis ?

Oh, il ne s'agit pas ici de tomber dans l'angélisme; bien sûr qu'elle existe, la délinquance des Roms... Statistiquement, ni plus ni moins que dans l'ensemble de la population et bien sûr qu'on assiste souvent à la la mendicité forcée des femmes et des gamins dans les rues.

Mais on pourrait tout de même s'interroger sur le miroir qu'ils nous tendent, ces irréductibles.

Sur la schizophrénie d'une société obsédée par l'ordre et le contrôle mais qui vibre aux films de Tony Gatlif, de Kusturica, programme des Nuits tziganes dans ce qu'elle ose appeler des "cabarets sauvages" ou la Cité de la musique, et fantasme toujours sur Carmen...

Sur le symbole persistant, la vraie altérité culturelle que représente ce peuple de promeneurs*, véritablement européen, et sur l'incapacité de l'Europe à reconnaître la plus élémentaire dignité à ce qui est aujourd'hui la minorité la plus importante de l'Union européenne à 27.




Collectif DEL
sur un billet de Valdo


*Indispensable : lire le magnifique "Un peuple de promeneurs" d'Alexandre Romanès et, pour ceux qui veulent creuser la question, la revue "Études tziganes".

27/11/2007

Le prétexte

Pas de parti-pris et pas de conclusions hâtives.

Restons factuels et objectifs.

Villiers le Bel. Un pocket-bike, un croisement, une bagnole. Deux gamins morts. C'est un fait divers.

Villiers le Bel. Un pocket-bike, un croisement, une bagnole de flics. C'est un prétexte.

Un prétexte pour des gens qui n'ont aucun respect pour ces deux gosses morts sur la chaussée et qui cherchaient l'étincelle. Celle qui embrase les mentalités et qui déchaine les haines.

Celle des crétins qui voulaient faire parler d'eux en crâmant les caisses de leurs voisins de palier et en mettant à bas ceux qui sont déjà au pied de l'échelle !

Celle des crétins qui vont pouvoir réclamer encore plus de sécuritaire, davantage de contrôles, encore plus de répression.

Celle des crétins qui s'emmerdaient dans leur rédactions et qui vont pouvoir se la jouer grand reporter, "pullitzer des banlieues" en accablant encore une fois les cités et en enfilant leur gilet pare-balle, leur casquette de GI, et leur brassard presse.

Un prétexte...

Et deux morts dont on ne parle presque plus déjà. Deux pauvres gamins qui faisaient les fous, comme tous les adolescents... Un destin tragique. Mais sachons surtout raison garder...

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Collectif DEL
sur une idée de Serval et cui cui

25/11/2007

Antisocial, tu perds ton sang froid ?

Sur la grève finie, Charles Brenner (un journaliste anglais nostalgique de Thatcher), juge sévèrement la France dans le Figaro.

Ah, les adorateurs de la Dame de Fer dérégulée…

(Oui, vous savez, la dérégulation que, à l'imitation de Ronnie and Maggie, pratiquent nos cailleras refusant toutes règles au principe de « pourquoi eux et pas nous »).

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- Dans Marianne, que d'aucuns persistent à prendre pour un brûlot d'extrême-gauche, Maurice Szafran cite un certain Anthony Giddens, « concepteur du blairisme » (heu… du thatchéro-blairisme ?).

Il commence par lui reprocher une « faiblesse » : faire « une nouvelle fois l'impasse sur la question sociale ». Encore heureux, mais il reprend quand même en tout illogisme un des sept « principes capitaux » (pourquoi il a pas dit « péchés capitaux », Momo ?) qu'il conseille à nos socialo-ectoplasmes d'appliquer :

« Privilégier la lutte contre le crime et les comportements anti-sociaux qui peuvent être provoqués par l'extrême pauvreté ».

Oui, vous avez bien lu la phrase en entier...

Lutter contre le crime et les comportements anti-sociaux (qui serait contre ?), MAIS pas contre l'extrême pauvreté (là, Giddens and co s'en foutent).

L'extrême pauvreté, c'est, par exemple, cette Anglaise condamnée à 2 mois de taule parce que sa fille n'allait plus à l'école (pas le père, bien sûr : dans les galères, les courageux mâles se barrent). On la vit à la télé, repentante, brisée par la honte. Maigre, édentée, encore jeune et déjà vieille. On se serait cru chez Dickens, auteur du XIX° siècle.

Lutter contre les effets, pas contre les causes qui produisent les effets...

La marmite bout ? Appuyons sur le couvercle. Et un jour, ça saute. L'histoire a déjà vu des révoltes, hélas sanglantes, hélas féroces, provoquées par l'extrême pauvreté. En France, on appelait ça des jacqueries.

"Oui mais ça branle dans le manche
Les mauvais jours finiront
Et gare à la revanche
Quand tous les pauvres s'y mettront"

Quand tous les pauvres s'y mettront…

(La Semaine sanglante, paroles.net)

JD

24/11/2007

Je m'appelle Grenelle.

Je m'appelle Grenelle et je suis une commune rebelle. Depuis -52 dans la plaine de Garanella où les troupes gauloises se sont faites fumer face aux légions romaines, jusqu'à l'annexion à Paris en 1860 de ma commune, en passant par la séparation trente ans plus tôt avec "ceux" de Vaugirard à cause d'une obscure question de reverbère.

Oui, moi Grenelle j'ai gagné mes galons, jalon par jalon.

Vous croyez le siège du monde à l'OTAN, l'ONU, le FMI, le CIO ou chez votre coiffeuse qui sait si bien commenter "Voici" à des polyarthritiques à cheveux bleus ?

Non. Le siège du monde est ici, chez moi, à Grenelle.

Tout le monde se retrouve chez moi depuis 1968 et ces fameux accords qui ont permis au pouvoir en place de rester le pouvoir en place. Et même si on se réunit à 200 km, je reste un état d'esprit...

Ca doit être ça finalement, l'esprit Grenelle...

On se réunit tous, n'importe où, sur n'importe quel sujet (l'environnement, les pauvres, la santé, la qualité comparée entre la vache qui rit et la vache grosjean...), on se prend en photo, l'air docte ou décontracté, on sort des propositions qu'on fait applaudir à grands coups de feuilles bruissantes et de reportages dithyrambiques en n'oubliant pas de s'appeller "Grenelle".

Et puis rien... On permet juste au pouvoir en place de rester le pouvoir en place. Sans rien changer.

Moi, Grenelle, à force de galvauder mon nom, de le mettre à toutes les sauces pour se donner une pseudo-idée de Révolution et de consensus, je devrais adopter comme devise les paroles de Coubertin : "l'important c'est de participer".

C'est bien ce qu'on dit à ceux qui perdent non ?

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Collectif DEL
sur un billet de Serval

23/11/2007

Borloo ou l'art de la demi-mesure réussie à 120 %

Il y a à peu près 2 ans, jour pour jour, Jean Louis Borloo, avec la discrétion dont il est coutumier nous annonçait une mesure sans précédent. Rappelez vous les amis : la livraison clefs en main d'une maison individuelle pour le prix modique, tenez vous bien, de 100.000 €, terrain compris ! Oui vous avez bien lu ! ! ! Les télés, les radios, la presse écrite avaient hurlé au génie ! Enfin ! Les sans grades, le petit peuple, les gens des cités qui possédaient quelques économies allaient pouvoir devenir propriétaires ! ! !
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Et notre ami Borloo, modeste comme à son habitude, de plastronner pour présenter son projet révolutionnaire ! C'était une mesure abracadabrantesquement fabuleuse pour favoriser l'accession à la propriété des plus humbles d'entre nous ! Bénis étaient le président Chirac et son prophète Villepin ! Un rêve à la portée de tous les Français ! Chacun son petit pavillon pas cher… Bref le Grenelle du logement avec le grenier en plus. Les prévisions faisaient état d'une production de 20 à 30.000 maisons par an ! Rien que ça !
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Résultat : seulement 800 maisons seront peut-être construites l'année prochaine et au prix de 120.000 € (20 % de plus, ce n'est pas encore le double des clefs, mais ça ne va pas simplifier la remise du trousseau). Selon un article du Monde du 16/11 (discret) le groupe de 30 communes qui parrainait l'opération a changé de dénomination et « l'Association des maisons à 100.000 € » s'est transformée en « Association française d'accession à la propriété », l'AFAP…
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Moralité : quand vous êtes ministre, faites du battage médiatique, les journalistes seront toujours présents pour favoriser vos effets d'annonces mais pas trop regardants pour vérifier l'application ultérieure de ces mesures. C'est beau comme la liberté d'expression, le journalisme à la française ! C'est l'inflation l'intention qui compte, on est pas à 29.200 maisons près… Mais googueulisez « loi Borloo » et vous comprendrez peut être pourquoi c'est si abracadabrantesque.

 

 

Collectif DEL

sur un billet de cui cui

illustré par Skalpa

 

sources : "Le Monde" du 16/11/07 et "Le Canard enchaîné" du 21/11/07

 
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