Avertir le modérateur

01/11/2007

Les yeux d'Elsa

Elle, elle s'appelle ELSA. Elle n'est pas très grande, à peine un mètre sur soixante centimètres. Et pourtant, elle pourrait devenir prochainement top-modèle.

Lui, il s'appelle Milipol. Non, ce n'est pas un garçon prénommé Paul et d'origine italienne... Cela aurait été trop joli, ELSA et Milipol s'en allant bras dessus bras dessous. "So romantic".

Parce qu'ELSA n'est pas une fille, juste une abréviation, celle d'Engin Léger de Surveillance Aérienne, et que son destin est plutôt d'être taupe modèle et que Lui, c'est le salon mondial de la sécurité intérieure des États où elle a été présentée au Ministère de l'Intérieur.
ELSA est ce qu'on appelle un drone.

Munie d'une caméra et radiocommandée, elle a pour mission de surveiller et de retransmettre des images. Techniquement, ELSA volera à 150 mètres au dessus du sol. Son autonomie est de 40 minutes et elle peut couvrir un rayon de 2 kilomètres. Sa caméra dispose d'infrarouges pour les vols nocturnes, elle peut donc parfaitement travailler dans la pénombre.

ELSA n'est pas une nouveauté. Elle, ou une de ses soeurs, affublée d'un autre nom, à déjà été utilisée par différentes armées pour des missions de reconnaissance, de contrôle et pour des "actions militaires".

Certes, ELSA peut rendre des services en cas de prises d'otages par exemple, mais ce n'est pas son seul but. Sa mission réelle sera de contrôler des manifestations et de surveiller des quartiers difficiles, raison pour laquelle sans doute elle a été testée en Seine Saint Denis, plutôt que dans les Hauts de Seine...

En quoi un engin militaire peut-il intéresser le ministère de l'Intérieur ? Le tocsin a t'il sonné ? L'ennemi est-il à nos portes ? Y a-t-il une guerre civile dans ce pays ?

Est-ce que des murs virtuels par drones interposés vont s'ériger dans le ciel pour surveiller telle ou telle population, isolant les "quartiers résidentiels" de la "lèpre des cités" et renforçant un clivage déjà latent entre les zones favorisées et les autres ?

« Moi je voyais briller au-dessus de la mer, Les yeux d'Elsa écrivait Aragon en 1942...

Aujourd'hui,  serions-nous revenus en... 1984 ?

Devons nous attendre que cette nouvelle version du "retour vers le futur" nous soit imposée ?Un "drone" d'avenir nous attend

 

 

Collectif DEL
à partir d'un commentaire de Gaëlle

31/10/2007

L'éducation populaire toujours recommencée...

«Éducation populaire»…expression surannée suspecte, même, de quelque volonté d'«"éduquer le peuple», voire de l'enrégimenter pour les uns et  pour d'autres, une nécessité voire une urgence, comme ATTAC qui se revendique "mouvement d'éducation populaire".Mais au fait c'est quoi l'éducation populaire ?

Dès ses racines à la Révolution avec le rapport Condorcet, puis au XIXème siècle avec la Ligue de l'Enseignement, les cercles ouvriers, l'expression porte une ambigüité. S'agit-il, pour «ceux qui savent»,  d'"éduquer le peuple à la citoyenneté", ou d'une auto-éducation du peuple, par le brassage de l'intelligence et des cultures de chacun ? De "rendre la culture au peuple" ou de "rendre le peuple à la culture" ?

La controverse traverse trois siècles, et on n'en est pas sorti... C'est une fracture jamais vraiment réduite entre "instruction" et "éducation", entre "pédagogues" et "transmetteurs du savoir", entre "culture populaire" et "culture savante", entre "experts" et "citoyens", entre "amateurs" et "professionnels". Un clivage institutionnel qui se traduit par l'existence du ministère de la Culture, pour les professionnels, et un ministère bâtard de la Jeunesse et des Sports, chapeautant la vie associative et des pratiques artistiques amateurs vidées de leur contenu politique.

Lire la suite

30/10/2007

La Corse, « terra incognita »

Le prochain Conseil des Ministres se déroulera Mercredi 31 octobre à la Préfecture d'Ajaccio sous la présidence de Nicolas Sarkozy… Entre ce dernier et l'Ile de Beauté une étrange complicité s'est nouée depuis fort longtemps, et ce, à un tel point que beaucoup d'insulaires le considèrent comme un des leurs. L'idylle ayant débuté ici.
L'article très documenté date de 2003 mais n'a jamais été autant d'actualité. À lire très attentivement pour comprendre certaines attitudes…

Maintenant, changeons de décor !

Je vous livre la recette d'un cocktail particulièrement explosif à ne pas mettre entre toutes les mains :
Vous prenez une bourgade agricole de 3000 habitants de l'Est de la Corse dont le nom commence par G. Vous y déposez le berceau du nationalisme corse pur et dur (FLNC (s), Cuncolta, Mouvement du 22 octobre, entre autres), vous remuez avec précaution.

Dans cette même bourgade, vous ajoutez quelques notables natif de ce lieu, personnages éminents du monde médiatico-politique tels le PDG du plus grand groupe télévisuel d'Europe et qui appartient au groupe Bouygues, un ancien Préfet de la Seine, quelques dirigeants actifs mais peu connus de l'UMP… Vous mélangez vigoureusement.

Puis vous prenez vos deux appareils et vous les touillez délicatement…
Le cocktail est terminé. Vous vous apprêtez donc à déposer ce mélange détonnant devant la maison de votre pire ennemi en vous frottant les mains de satisfaction.

ET BIEN, VOUS AVEZ TOUT FAUX !

Cette préparation n'explosera jamais ! Pourquoi, me direz vous ? Parce que comme la plupart des journalistes continentaux, vous n'avez rien compris à l'âme corse ! Je m'explique : chaque individu, ici est connu sur des générations et chaque famille est plus ou moins liée aux autres par des liens de parenté, ou même de relations étroites depuis l'éternité.

Dans chaque famille, des nationalistes farouches côtoient des partisans fanatiques de l'UMP, des communistes s'engueulent avec des écologistes qui eux même flirtent avec les autonomistes. Bref ! Une guerre civile se révèle impossible puisqu'elle briserait le lien familial, ce qui est impensable en Corse. Chacun sait ce que fait l'autre mais jamais l'État ne pourra briser une union sacrée au sein d'un village corse. Le silence est d'or…

D'autre part, la réputation non usurpée de rébellion, de particularisme, de violence cruelle, d'insoumission, le culte des armes, nourrit chez mes compatriotes un sentiment inégalé de fierté d'appartenir à un peuple qui résistera bec et ongles à la lente décadence, croit on dans l'île, dont sont victimes les Français continentaux par faiblesse…

Attention ! Je ne fais que retranscrire ce que j'ai ressenti et n'émets aucun jugement subjectif. Soyons bien clairs là dessus !

Je vais rajouter en vrac, quelques précisions… La Corse a été le premier département français à s'être libéré pratiquement tout seul et ce dès 1943. Durant la période d'occupation par les Italiens puis par les Allemands, aucun juif ne fut dénoncé et nombre de réfugiés furent hébergés par les autochtones… Cependant, les médias insistent sur le racisme des Corses qui n'est ni pire, ni moindre que dans les autres régions...Il est d'ailleurs frappant autour de moi, d'observer la tendance de plus en plus importante des mariages ou unions mixtes (Corse-Maghreb). Ce qui est générateur d'espoir mais occulté comme souvent par les journaux qui dépeignent à loisir des images toutes faites sans connaitre ni la Corse, ni ses habitants, et encore moins ses coutumes qu'il est de bon ton de classifier dans le pittoresque ou pire dans l'archaïsme. Là ce n'est plus de l'omerta, c'est du laisser aller...

Pour eux la Corse restera toujours "terra incognita"

Pour terminer, une vidéo désopilante ! La cerise sur le gâteau : il s'agit d'une version insulaire du petit Chaperon rouge…
Cette fantaisie que je vous offre va sans aucun doute me couter un plasticage en règle mais en ce qui vous concerne, elle risque de vous faire exploser de rire ! ! ! !
À consommer avec modération et surtout à prendre au second degré…

 


 



Cui cui l'oiseau.

29/10/2007

Le grand cirque de Monsieur Loyal

Connaissez vous Charles Handy ? C'est un théoricien britannique co-fondateur de la London Business School et qui s'est spécialisé dans le comportement organisationnel et le management. Entre autres citations, nous avons extraite celle ci :

« L'entreprise ne peut exiger la loyauté de ses salariés, elle doit la mériter. ».

C'est fou comme à partir d'une phrase composée de seulement 13 assemblages de signes peut venir à l'esprit une foule d'interrogations…

Comment se définit de nos jours la loyauté ? Comment se définit-elle dans le cadre de l'entreprise ?

Qui établit les règles du jeu ? (Hum, là, on a la réponse : les patrons !)

Et surtout jusqu'où va, doit aller, la loyauté en entreprise ?

Encore une fois, individualité et collectif ont à se confronter ; c'est à partir même de cette confrontation que surgit la réalité de ce que peut (doit ?) être la loyauté.

Le monde du travail est difficile ; certain(e)s diraient « de plus en plus difficile ».

Plus que cela, il semblerait que les règles de ce jeu, vital pour tout un chacun, bougent, se transforment, se déplacent, suivant les « évolutions » des rapports humains dans le cadre du travail modifiant ainsi les relations et les notions même de loyauté prônées par Charles Handy. On ne travaille plus comme aux siècles précédents, c'est bien certain. Est ce mieux ? Pire ? Ou juste différent ?

Beaucoup d'entreprises (privées comme publiques) exigent un comportement loyal de la part de celles et ceux qu'elles paient. Mais il y a dans cette forme de loyauté exigée de la part du patronat (il y a des exceptions, cela va sans dire) un parfum désagréable d'asservissement, de demande implicite de « tu fermes ta gueule sur tout sinon tu dégages » (c'est un peu abrupt comme formule, mais c'est quand même bien de cela dont il s'agit !), une exigence de la fonte de la personnalité et du jugement de tous dans l'image que souhaite avoir l'entreprise et celui ou ceux qui la dirigent aux yeux du monde. La notion de «hiérarchie», par exemple, a presque totalement disparu des manuels de management remplacée par le mot "projet". Mais qui serait assez naïf pour croire que la hiérarchie a disparu?

Et cela peut aller très loin, jusqu'à l'abdication de tout sens critique, la signature de contrats léonins empêchant toute communication vers l'extérieur, voire la sujétion totale de type sectaire (comme ces usines japonaises où on chantait l'hymne de l'entreprise avant de commencer à travailler). Les employés du groupe de presse d'Axel Ganz qui doivent demander une autorisation écrite à leur patron avant de publier un bouquin, même si celui ci n'a rien à voir avec leur travail. Cela peut passer enfin, dans des entreprises "cool", à la hiérarchie "horizontale", par le chantage affectif et l'autocensure.


Comment peuvent elle donc "mériter la loyauté" quand elles imposent ce triptyque infernal édicté à leurs salariés par tous les Messieurs Loyal d'entreprise ?

- Ne pas faire de vagues...Jamais.
- Même à ses dépends. Même si ce que l'on est - individuellement, moralement - doit en souffrir.
- C'est pour la bonne cause...

Un triptyque pour être broyé, heu pardon, loyal...




Collectif DEL
sur un billet de Laflote

28/10/2007

Comique troupier ou une avancée dans la recherche génétique : "le talent du sans gêne"

Donc voilà, le jeune et sémillant Jean Sarkozy, "fils de" se retire de la troupe censée jouer la pièce "Oscar" dans laquelle il devait avoir pour partenaire mam'zelle Tapie, "fille de".

Bon.

Soit.

Cela évitera au moins le "Molière" de complaisance que l'on aurait pas manqué de lui faire attribuer, rendant ainsi les honneurs à son "César" de père.

Mais la comédie (humaine) n'a pas perdu un acteur. En fait, c'est l'acteur qui change de genre.

Il rentre dans l'équipe de David Martinon, vous savez, ce candidat adoubé par Nicolas Sarkozy pour lui succéder à la mairie de Neuilly, au grand dam des militants UMP locaux d'ailleurs qui, eux, étaient sur le terrain depuis des années et qui voient arriver d'un très mauvais oeil ce parachuté, plus porte voix et portefaix que porte-parole de l'Elysée.

En soi l'information ne parait pas capitale au vu de ce qui nous entoure.

Après tout des fils à papa, jouant avec les cartes de visites du père, cela existe partout hélas, y compris dans le spectacle. Il ne suffit que de voir la destinées des fils Dassault ou Lagardère, entre autre. Ces derniers n'ont jamais créé, mais on leur a permis de prendre la relève en gestionnaires..."avisés",  dirons nous...

Mais rares sont ceux dont on retrouve le scooter grace à une recherche ADN (un prémice sans doute...), rares sont ceux qui entament une dynastie politique sur leur nom imposé plutôt que sur leur prénom reconnu et rares sont ceux dont l'ombre se confond avec la statue du Commandeur.

C'est ainsi que l'on constitue sa tribu, son groupe, sa troupe... sans doute.

C'est le temps de la rupture, parait-il.

Probablement.

Celui de la rupture avec les valeurs de la République et celui du retour à la monarchie sous couvert de République. Le triomphe du spectacle. Pompier, de surcroît.

Ceci étant écrit, on peut se demander si "nous" avons, un jour seulement, quitté si ce n'est le régime monarchique, du moins l'état d'esprit qui l'accompagne ?

 

Collectif DEL
sur un billet de Serval

27/10/2007

*L'ère sacrée des mathématiques*

Les nouveaux sièges, flambants neufs du métro, des sacs plastiques sont éparpillés de chaque côté d'un homme. La rangée de places sur le quai est envahie. Ses vêtements sont propres, ses jambes repliées enserrent un cartable en cuir.

Il se gratte la tête et essaye d'ordonner sa mise, il époussette les épaules de sa veste. L'homme farfouille dans les sacs plastiques, de l'un d'entre eux, il sort un peigne. Il coiffe longuement ses rares cheveux épars.
Je le regarde, je réfléchis aux phrases susceptibles de l'aborder en douceur. Il m'aperçoit et ferme les yeux. Je renonce.

Je suis montée dans le wagon, je le fixais. Un exclu avait été débarqué de sa vie pour en commencer une faite d'errances. Il devait avoir une soixantaine d'années. Ses effets personnels étaient encore épargnés des outrages de la rue.

Cette fierté de rester dignement propre est aux premiers jours de ce basculement, une branche, à laquelle s'accroche beaucoup de ces abandonnés. La branche est cassante, le fil des jours à mener cette existence conduit à effacer ces derniers réflexes, principes illusoires d'échapper à un marasme.

Ces femmes et hommes finissent par sombrer, par laisser tomber. Les conditions de survie dans la rue achèvent de les entraîner dans les pires dérives. Sept millions de français vivent sous le seuil de pauvreté.
Je suis allée lire la définition « du seuil de pauvreté » sur wikipédia.

 

En France l'INSEE calcule également, en plus du seuil à 60%, un seuil relatif correspondant à la moitié du revenu médian.

En France, en 2005, pour une personne seule, le seuil de pauvreté relatif est de 681 euros (seuil à 50 %) ou de 817 euros (seuil à 60 %). Pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans, le seuil est de 1 703 euros (seuil 50 %) ou de 2 043 euros (seuil 60 %)

En France, 3,73 millions de personnes (6,4 % de la population) vivaient en dessous du seuil de pauvreté relatif de 50 % en 2005, et 7,13 millions de personnes (12,3 % de la population) vivaient sous le seuil de pauvreté de 60 %. En France aujourd'hui une personne sur 2 vit avec moins de 1500 € par mois… Les chiffres sont têtus. Les politiques se doivent de réagir. Vite.

 *Cet homme fait malheureusement partie des statistiques, un de plus … *

 *Une multitude de chiffres, notre société se résume à des calculs savants et à des sondages*

/Seule l'une de ces statistiques est soigneusement occultée: le nombre de morts dans la rue. Là, le désir de tout mettre en chiffres se heurte à une apparent manque d'intérêt des autorités.Le tribut payé par ces humains réduit à trois lettres: SDF.


(1): A ce sujet, un livre indispensable.


SDF : Critique du prêt-à-penser par Patrick Gaboriau et Daniel Terrolle.


 

Collectif DEL
sur un billet d'Agathe

26/10/2007

Subversion, subjectivité et sens du collectif

Le point de départ de ce billet est apporté par un extrait d’entretien paru dans Le Monde2, du 20 octobre 2007, sous le titre « Artistes au féminin ». Voici l’extrait en question :

Q : Pour résumer l’état d’esprit dominant, vous citez un jugement émis en 1905 : « Tant qu’une femme ne se prive pas de son sexe, elle ne peut exercer l’art qu’en amateur. La femme de génie n’existe pas, si elle existe, c’est un homme ! » Or la première peintre que vous mettez en exergue – Rosa Bonheur – vit et se comporte comme un homme. Elle obtient même le droit de porter culotte.

E.L. : Rosa Bonheur trouve des moyens pour se faire reconnaître : elle pense publicité, elle pense marché américain. Elle adopte des grands formats, ceux qui sont dédiés à la peinture héroïque, pour développer ses sujets de prédilection. A-t-on jamais vu les animaux de le ferme, les bœufs, les chevaux de labour peints au format des batailles ? C’est une manière de subvertir certaines normes esthétiques. Et de s’imposer.

(Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici viennent de publier, Femmes artistes/artistes femmes, éditions Hazan)

Je souhaiterais mettre l’accent sur la réponse d’Elisabeth Lebovici pour souligner un point important au-delà de la sphère esthétique stricto sensu. Ce point tient au fait que se faire reconnaître en tant que sujet dans un champ de pratiques disciplinaires ou dans le champ social lui-même, procède par l’invention d’un regard inédit qui s’impose. Cependant la nouveauté s’arrache sur le fond du familier. L’événement naît de la relation qu’il tisse entre ce qu’il préserve de l’acquis et ce qu’il transforme, changeant les règles du voir instituées et, finalement, donnant à voir autre chose, en transférant des codes d’une forme (esthétique, politique, sociale, culturelle) vers une autre. Ce qui permet à la fois de faire retour sur des manières de voir anciennes et de les considérer réflexivement d’un œil neuf, comme observées d’une autre rive.
L’œuvre d’un seul, en l’occurrence une artiste, qui s’appuie sur des réalisations préalables mises à sa disposition, qu’elle est la première à associer dans une subversion des conventions, fait émerger une subjectivité sur le fond des divisions inquestionnées jusque là des canons de la représentation : humaine et héroïque versus animalière et triviale. Cette subjectivité de l’artiste rayonne d’autant plus fortement qu’elle a défriché une voie, qu’avant elle personne n’avait vu ce qu’elle a vu comme elle le voit et comme son œuvre le donne désormais à voir à tous.

Cette subjectivité de l’artiste, on le voit, est dérivée par rapport aux productions culturelles dont elle s’arrache tout en les recomposant sous une forme inédite. Ce qui était le cas, et qui pouvait passer pour une représentation d’un ordre des choses naturel, allant de soi, incontestable, se voit soudainement remis en cause et c’est une autre vision du monde qui apparaît. Cette manière de voir le monde devient disponible à tous. Cette subjectivité n’est désormais un regard à investir par qui le veut bien. La boucle est bouclée, l’avant-garde d’un regard solitaire devient manière de voir partagée, choc déplaisant ou plaisir face à un dévoilement au grand jour d’un secret du monde jusqu’alors bien gardé dans l’impensé collectif.

Ce processus est également à l’œuvre dans le champ politique. Le jugement esthétique, on le sait depuis Hannah Arendt, est au fondement du politique, plus exactement du sens commun, comme juge de paix du souhaitable et du réalisable, du normal et de ce qui ne l’est pas, du supportable et de l’insupportable, de la justice et de l’injustice. Tout ceci sans cesse baratté dans le grand chaudron du débat collectif.

Qu’une partie de ce débat consiste à préserver le statu quo, ou se heurte aux forces attachées à conserver ce qui est et à faire évoluer les choses à la marge et, si possible, dans le sens de leurs intérêts que l’on dit de classe, est un constat que chacun peut faire. Mais cela ne saurait faire oublier que la vie publique est faite de myriades d’actions, d’interventions, de propositions qui, à un moment donné, connectent des choses qui étaient des composantes appartenant à des domaines jusqu’ici très éloignés, et contribuent ce faisant à fabriquer les conditions d’un changement du cours des choses, en appelant à de profondes et irréversibles transformations dans les manières de voir, de faire et d’être, à la manière des tableaux de Rosa Bonheur, s’emparant d’un style pour (dé)peindre d’autres sujets sous ce format qui était réservé à tout autre chose. Un « être » nouveau émerge de cette synthèse qui s’autonomise par rapport aux éléments dans lesquels sa création a puisé ses ressources.

Le collectif politique est aussi anonyme et appropriable que la subjectivité qui préside à la création d’un style esthétique. A cet égard, il n’est pas le fruit d’une construction délibérée, à la manière dont un objet manufacturé peut l’être. Plus exactement, il pourrait être plus justement appréhendé comme le fruit du hasard et de la nécessité. D’où sa nature frustrante mêlée d’espoir et d’attente indéterminée, voire de déception. Ce qui est fortement désiré à un moment donné et constitue la raison d’être d’une action précise de personnes ou de groupes précis peut ne se voir reconnaître un intérêt, général, que longtemps après que l’action visant à le promouvoir ait pris forme. Peut-être même après la fin de cette action, voire la disparition de ses promoteurs. Nous vivons également dans cet anachronisme ou utopie là.

Nous ne devrions pas l’oublier lorsque, sur un blog politique, ou un autre, il est question du collectif, de l’action à conduire, des résultats escomptés. L’histoire courte et l’histoire longue s’entremêlent dans tous nos actes, les façonnent et sont modelées par eux en retour.


Off

25/10/2007

Dancing with tears in my eyes

 

(Ce texte a été bâti à partir de témoignages de Pakistanais immigrés de fraîche date en France).

 

medium_pak_flag1.jpg

 

 

Dansons, chantons mes amis et surtout faisons comme si… Alors que des évènements d'une portée considérable pour le monde actuel se déroulent. Mais ce sujet ne semble pas beaucoup mobiliser les esprits dans les pays occidentaux. Pakistan ou la poudrière nucléaire de 170 millions d'habitants.

 

Fondé en 1947, sur une scission de l'Inde (colonie et fleuron de l'Empire britannique), le Pakistan a été créé sur la base d'un séparatisme religieux. La religion de cet État étant, comme chacun sait, la foi musulmane. Un pays qui ne tient que par son régime de fer, son obédience aux États-Unis, ses attentats terroristes et son arme nucléaire (comme pour son meilleur ennemi : L'Inde avec qui des heurts sont réguliers).

 

En exercice depuis 1999, le président actuel, le général Pervez Musharraf, doit céder le pouvoir pour des raisons constitutionnelles. Et c'est là que ça se complique.


Selon nos sources, si des élections libres avaient lieu, les partis islamistes remporteraient la victoire, haut la main… Imaginez un état islamiste radical de 170 millions d'individus possesseur de la bombe atomique, et ce au carrefour de la Chine, de l'Afghanistan et de l'Inde.

 

Vous voyez le tableau ?

 

Les Américains aussi. Eux qui considèrent comme vitale leur influence dans ce Pays qui possède la bombe nucléaire. Alors ils ont demandé à Benazir Bhutto, seule femme premier Ministre en 1988, dans un  État islamique, mais antérieurement compromise par des affaires de corruption (réelles ou montées de toutes pièces), de se représenter au suffrage populaire.

 

Les derniers attentats à Karachi ayant fait plus de 130 morts montrent que la lutte pour le pouvoir a commencé. Dans ce pays ou la pauvreté gagne de plus en plus de terrain, où les flux d'émigration vers l'Angleterre et la France sont de plus en plus importants, et où l'économie est lacérée par les dynamismes chinois et indiens !

 

Cette région représente probablement le plus grand risque de guerre nucléaire dans le monde, bien avant les risques dus à l'hypothétique bombe iranienne. Un pays pauvre disposant de moyens de destruction massive, au milieu d'un continent où la croissance est faramineuse, représente aux yeux de tous un danger extrême pour les années à venir.

 

Un coup d'état militaire pro-américain est il inéluctable ?

 

Collectif DEL
Sur un billet originel de cui cui

24/10/2007

Rouler plus pour manger moins

À quelques jours de l’annonce des mesures définitives prises en faveur de l’environnement, il y a celle concernant le bio qui mérite débat.

Nathalie Kosciusko-Morizet préconise d’introduire une part de 20 % de produits bio dans la restauration scolaire.

Ce n’est pas une mauvaise mesure en soi mais comment faire quand on sait que seules 2% des surfaces agricoles en France cultivent du bio ?

Importer ?

Cela multiplierait les émanations de CO² liées aux transports routiers nécessaires pour l’acheminement des marchandises.

On pourrait aussi rouler bio.

Mais le développement des biocarburants engendre un autre risque. L’abandon de la culture de céréales destinées à l’alimentation pour favoriser celle  liée à l’énergie ne risque-t-elle pas de conduire à une catastrophe humanitaire sans précédent ?


Et comment inciter nos agriculteurs à produire bio alors que jusqu’à présent nous n’avons incité que le rendement ? Rendement indispensable compte tenu du niveau des prix des produits agricoles. Car il s’agit bien aujourd’hui de produire plus pour gagner plus dans ce domaine là aussi.

Défricher plus de terres pour semer plus conduit à la déforestation : on en a vu les ravages.


Et puis comment gérer le lobbying des fabricants de produits chimiques nécessaires à la préservation des cultures ou encore celui de fournisseurs de graines OGM ?

 

 

Gaëlle (billet écrit le lundi 21 octobre 2007) 

23/10/2007

L’anticapitalisme, une idée neuve…

L’annonce faite cet été par Olivier Besancenot, au nom de la LCR, de la création d’un nouveau parti anticapitaliste a pu être comprise, du moins par ceux qui ont bien voulu lui prêter attention, comme une opération politicienne visant à concrétiser l’avantage pris par l’organisation « trotskiste » au cours de la dernière présidentielle sur ses rivaux du pôle radical. Il ne s’agirait en somme que d’un simple « relookage » du seul rescapé du « combat des nains de jardins » qui n’aurait au final – vu les effectifs et le faible poids électoral de la LCR – aucune incidence notable sur le terrain, autrement plus décisif, de la refondation de la gauche autour du PS.

 

Il est vrai que vu sous cet angle, le « nouveau parti » même renforcé par quelque 2.000 adhérents supplémentaires (chiffre non officiel) et affublé d’un faux nez, ne pèserait rien face à la puissance de feu électorale et militante d’un PS aussi affaibli soit-il. Une telle opération ne tromperait personne et d’ailleurs il y a au sein de la LCR assez de militants avertis pour ne pas se laisser berner par un tel tour de passe-passe. Il faut donc abandonner l’idée que la LCR s’apprêterait dans les mois à venir à s’autoproclamer comme ce « nouveau parti anticapitaliste ». Mais alors de quoi s’agit-il ?

 

Les médias, qui ne pensent pas plus loin que le bout de leur nez, n’ont retenu de la déclaration d’Olivier que l’objectif de la création d’un nouveau parti, vu comme une façon élégante en quelque sorte de se débarrasser opportunément des oripeaux d’un trotskisme daté, inopérant dans le monde d’aujourd’hui, mais ils ont oublié l’essentiel : le terrain sur lequel ce parti entendait se situer, celui de l’anticapitalisme.

 

On comprend aisément pourquoi. L’anticapitalisme, pour les médias porte-parole de l’opinion dominante, « ça ne veut rien dire ». Même la crise écologique mondiale à venir – ce qui n’est quand même pas rien – ne semble avoir de prise sur eux. Comme si en réalité on se jouait à se faire peur mais sans trop y croire. Or si une telle prévision ne conduit à aucune remise en cause radicale du mode de développement, que dire alors du tout venant de son fonctionnement quotidien.

 

A ce titre la critique du libéralisme qu’ont enfourché bien des mouvements à gauche permet de se débarrasser à bon compte de cette remise en question. On pourrait d’ailleurs aisément démontrer que le libéralisme « pur » n’existe nulle part ; que l’on assiste même aujourd’hui à un retour à des politiques publiques agressives, que dans plusieurs pays européens la tendance n’est plus à moins d’État, à moins de fonctionnaires, à moins d’impôts, mais à l’inverse. Et plus généralement, comme a pu l’écrire récemment un prix Nobel d’économie (J. E. Stiglitz), ancien conseiller de Clinton : «  c’est la carence de l’État, le manque et non l’excès de règlementation, qui a été la source du problème des folles années 1990 et de leurs suites. »

 

La différence entre l’antilibéralisme et l’anticapitalisme n’est donc pas une querelle de mots. Certes les antilibéraux et les anticapitalistes peuvent se retrouver à certaines occasions et mener des combats communs. Mais les antilibéraux s’arrêtent à mi-chemin. L’affirmation de l’anticapitalisme comme solution irréductible à tous accommodements à l’économie de marché est en revanche la pierre angulaire du projet du « nouveau parti » prôné par la LCR. Elle en souligne l’ambition qui n’est pas de refonder la gauche et pas plus de « témoigner », mais bien d’offrir un cadre de réflexion large et démocratique à tous les anticapitalistes, quelque soient leurs divergences stratégiques ou tactiques, et un outil pour la lutte politique plus efficace. En ce sens, c’est à un dépassement du cadre étroit que représentait son « trotskisme », qu’aspire la LCR.

 

Ajamais

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu